Mon petit monstre marin
adoré,

Puisqu'il faut, ce soir,
sexe pliquer
alors
sexe pliquons-nous...

Rappelle-toi cet été
sur la plage de Soulac...
Je méditais en lotus sur le sable
face au couchant
tandis que derrière la dune
en secret
tu déchirais mes plus beaux poèmes...

C'était déjà l'automne de notre amour
mais je l'ignorais encore !

Hier,
dans les allées désertes du jardin japonais
j'ai trouvé un prospectus immonde
vantant un soi-disant formidable
séjour linguistique dans le Gers
( je pense à ta langue )
illustré par une absurde image
de plage aux cocotiers.
( je pense à ton corsage )

Aujourd'hui,
tout ce qui évoque
la mer et les océans
me mène immanquablement à Toi
et me fait souffrir.

" Souffrir beaucoup "
serait un euphémisme...

Ce matin, pourtant,
comme chaque lundi,
j'ai repris ma caisse à Carrefour
à 9 h 55.

Je peux te dire
qu'entre les pots de Nutella
et le rosé de Provence
j'avais encore des galets
qui s'entrechoquaient dans ma tête...

A la pause,
avec les copines,
j'ai avalé d'un coup
dix escargots de Bourgogne !
Tu sais que je me suis toujours soignée
au chocolat...

Mais
malgré cette médecine douce
il me revient régulièrement
( comme une image subliminale )
cette vision de ce magnifique
Corse t de dentelle noire
que je t'avais offert
pour tes seize ans
au printemps dernier...

T'en souviens-tu ?
Tu l'avais enfilé
- irréelle-
sous la lune, à minuit,
dans notre Jardin d'Eden...

Mon petit monstre marin
( plus adorée )
mon vague à l'âme
comme un flux et un reflux
inlassablement
me ramène
sur le sable mouillé
de ma peine
les mots terribles de Souchon :

" On est tous à La Rochelle sur le port
montés sur des échelles
pour voir l'Amérique du Nord... "

ta Monique

Logorallye  par Alain d'Anjou