08 novembre 2009
Des noeuds au cerveau
Citation approximative d'un passage de "Le dernier amour du président", un livre d'Andreï Kourkov, auteur ukrainien contemporain dont je recommande la lecture :
Message du chef de la sécurité :
"Monsieur le président, il vaut mieux apprendre les mauvaises nouvelles par écrit. Votre médecin a été trouvé pendu à une haute branche dans une belle forêt. S'il n'avait pas eu les mains attachées dans le dos, on aurait pu croire à un suicide."
06 novembre 2009
Bon appétit !
J'étais ce matin même au marché Victor H*, en attendant la journée continue de Radio France à Berlin (DE) de lundi prochain. (Putaing, va falloir se lever à minuit pour entendre la matinale de France Inculte, dont je connais la maman du talkeur) (Putaing, Stéphane B. passe à midi ; à quelle heure entendrai-je Didier P. ?)
J'ai demandé naïvement (je suis un grand naïf, parfois un doux rêveur) un jambon chanel. 4 tranches fines.
L'accorte coupeuse m'a gentiment répondu : "pas de jambon chanel ici, que du jambon dior".
04 novembre 2009
Nécrologie

Le portrait de claude Lévi-Stauss par son père Raymond.
(Petit Palais, Paris, 31 décembre 2008, portait exposé à l'occasion de son anniversaire)
03 novembre 2009
Oh merde !
Claude Levi-Strauss est mort. Je vais mettre un crêpe noir à mes jeans.
Çà me rappelle une histoire lue dans le Nouvel Obs, que je ne lis que chez des amis, chez le coiffeur ou le kiné, voire l'orthodontiste. Celui-ci, je l'avais lu chez des amis, au bord de leur piscine (il n'y a pas de lien de cause à effet entre leur piscine et notre amitié ; ce serait même plutôt l'inverse). D'ailleurs les enfants sautaient gaiement alors que je somnolais en lisant cet article édifiant. D'aucuns vous auraient balancé un lien hypertexte, mais moi non. Je respecte le public et donne personnellement la substantifique moelle de cette putaing de nouvelle.
Or donc, il était une fois des jeans achetés neufs, mais troués. Je ne citerai pas de marque, pour éviter du travail d'étoilage à ma préférée webmaîtresse. Les trous étaient faits par des turcs. Soient des turcs trouant des pantalons pour nos ados en mal de vivre (mais quelle vie leur offrons-nous ?). Soient des pantalons à la mode. (Je vois d'ici ML enfiler un joli "à la mode de quand ?". Soient des parents assez complaisants pour payer 100 € ce que nos grands-mères eussent passé deux heures à ravauder. Soit une cabine étanche. Soit des buses sous pression dans ces cabines envoyant du sable pour perforer les jeans de nos chers petits.
Egale : 8000 malades de la silicose.
PS pour les jeunes ignares qui liraient ce blogue subversif : la silicose est une maladie mortelle, causée par l'inhalation répétée de sable. Elle faisait déjà les choux gras de la camarde dans les mines du Nord de la France, et encore dans les mines de Chine. Mais en France, les mineurs étaient souvent polonais.
02 novembre 2009
Le canapé rouge
Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, sacarabée géant, compagnon de solitude. Etrange image que celle de ce type d'ici qui semblait venir d'ailleurs, au visage buriné, à la main tremblante, qui s'arrêtait sur un allée caillouteuse à cinq cents mètres à peine de chez lui. Il laissa glisser un regard tendrement désabusé sur les bois de son enfance, ceux des premières aventures avec ses frères aînés, des premières batailles en tenue de camouflage. Ils bardaient alors leurs corps de branches feuillues et de plaques de mousse arrachées aux chênes sans âge avant de se lancer, ivres de rage et de bonheur insouciant, dans une offensive fratricide. C'était les premières violentes montées d'adrénaline au combat. La guerre avant la guerre... Mon Dieu... L'enfance ne serait donc qu'une cynique répétition générale avant nos combats dérisoires et mortels d'adultes ?
Il avait fini de rouler sa cigarette, et il tira une première bouffée de mauvais tabac en inspirant cet air nouveau, un mélange de bois humide et de terre fraîche oublié dans le parfum âcre de la poudre et les cris déchirants des blessés. Ici rien n'avait changé, rien ne changerait jamais. Le monde pouvait sombrer dans le chaos sans jamais affecter ce coin de terre oublié des vivants.
Il s'accouda nonchalamment au guidon du side-car. Les souvenirs maintenant affluaient, vieux de vingt ans déjà. Il revoyait la maison familiale, envahie par la vigne vierge. En ce jour d'automne froid et brumeux, la façade centenaire devait être totalement recouverte de cette tapisserie d'un rouge profond. Les volets chancelants se dissimulaient probablement derrière ce voile de lassitude. L'été, la porte d'entrée restait ouverte, et on voyait en s'approchant le canapé rouge usé du salon où sa mère passait de longues heures à lire. C'est là qu'un jour de printemps mémorable, elle l'accueillit comme à l'ordinaire, le sourire un peu las, lorsqu'il vint lui annoncer sa décision de partir à la guerre, comme ses quatre frères avant lui. Il revoyait son visage consterné, ses larmes compulsives, son silence pesant, longtemps, avant de sombrer dans une prostration durable. Ses raisons d'enfant à lui, ses scrupules idiots, son enthousiasme inconscient, rien ne la convaincrait jamais de tant de morts inutiles. Il appartient aux hommes de mourir dans l'absurde, aux femmes d'enfanter dans la douleur.
Il jeta le mégot, enfourcha sa bécane et démarra. Son coeur battait plus vite désormais. Mieux valait en finir au plus tôt. Il aborda le dernier virage dans un état second, presque sans un regard autour de lui, puis la vaste demeure lui apparut, comme une évidence. Elle semblait avoir à peine vieilli, abandonnée qu'elle était depuis des années pourtant, vidée de ses entrailles humaines.
Il gara le side-car, et comme dans un rêve éveillé, fit quelques pas et se vit fouiller dans la poche de son pantalon pour en extraire maladroitement une grosse clef rouillée qu'il fourra aussitôt dans la serrure de la porte désormais fermée. Le coeur battant, le coeur lourd, après des années d'errance et de deuils inutiles, il s'attendait presque à voir sa mère assise, radieuse et émue devant ce retour inattendu. Le porte s'ouvrit enfin dans un crissement aigu, et il découvrit le salon tel qu'il l'avait laissé, dans l'ombre et la poussière, le canapé rouge face à lui, vide désormais comme une accusation terrible.
01 novembre 2009
Le canapé rouge
Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, sacarabée géant, compagnon de solitude. C'était sa dernière cigarette. Celle à laquelle il repenserait bien des années plus tard, lorsque le président qu'il venait de quitter ne serait plus qu'un repris de justice. Pour l'heure il ne pensait qu'à la fuite. Celle à laquelle il se consacrerait pendant encore bien longtemps, sans que le remords ne le rattrape. Il fuyait, tel le moteur d'un vieux camion diesel essoufflé par les miliers de kilomètres parcourus dans les sierras du Nouveau Mexique, à la recherche d'un havre de paix, dans lequel il pourrait enfin boire la fiasque de mauvais whisky qu'il transportait toujours avec lui depuis que sa moto verte était exsangue. Sans trop savoir pourquoi, il se demandait si le soleil se lèverait encore demain. Et si oui, où. Le livre qu'il avait emporté, il l'aurait encore dans sa vieille sacoche pervenche bien des années plus tard, lorsque les derniers livres auraient disparu.
29 octobre 2009
Fêter Noël en Provence
Bientôt il sera temps de s'y mettre, ne croyez vous pas?
En attendant, voici un lien pour celles et ceux qui s'interrogent sur la célébration de Noël en Provence.
Je serai très heureuse que des internautes nous signalent les coutumes de leur région.
26 octobre 2009
"Le canapé rouge"
On vient de m'offrir ce livre, de Michèle Lesbre.
Je vous propose la première phrase, et la consigne d'écriture classique :
Ecrire un court texte ayant le même titre et commençant par cette phrase.
Poster en catégorie "ze textes de" ou en commentaire ou en mail à la webmaitresse qui replacera tout en billet.
Voire en texte sur votre blog si vous indiquez le lien (en comm. en mail etc.)
Toute exception à la règle est la bienvenue.
"Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, sacarabée géant, compagnon de solitude."
25 octobre 2009
Petit sourire pour Téta
BIBARONNE : (nf) 2ème femme de baron, aimant la bière, mais pas nécessairement bisexuelle.
24 octobre 2009
O. m'écrivait
Ma mère m'aurait-elle écrit des mails ?
"Jette-les" m'a dit l'autre jour un collègue -pas celui des Chamonix orange- venu boire le café, en désignant un carton de lettres exhumé d'un lointain garage, qui encombrait l'entrée de mon appartement.
Nous réservions le téléphone aux informations pratiques : "j'arrive par l'autobus vendredi soir". Le fil de la conversation se poursuivait suivant le débit des cartouches d'encre, de feuille en feuille, d'une enveloppe à l'autre.
"Tu sais, vivre, c'est être prêt à se transformer, s'oublier un peu, donner beaucoup, ne pas attendre grand-chose, mais être comblé par tout ce qui arrive de bon et que l'on n'attendait pas ...J'ai l'impression de faire un sermon ! Ne le prends pas ainsi, j'aimerais que tu sois là, les mots s'envolent, restent les idées, sans le ridicule de les voirs écrites ..." O. 11 mai 1977
Ma mère aurait sans doute aimé l'internet.
22 octobre 2009
Orange
Ce matin, mon collègue préféré avait apporté une boite de biscuits : de petits coussinets ventrus, délicatement glacés, un peu écœurants, fourrés à la confiture. Vous avez trouvé ? des Chamon*x Ora*ge ! Nous les avons tous -sauf Mido qui ne boit pas de café- plongés dans notre café de dix heures avec délices en nous exclamant sur le nombre d'années écoulées depuis la dernière fois. Aucun téléphone cellulaire n'a sonné.
21 octobre 2009
Jus d'Orange
Jusqu'à la semaine dernière, tous les matins de classe, vers 7 heures 40 (l'heure de la revue de presse de France Inculte), notre table du petit déjeuner s'éclairait du sourire et de la joie de vivre de la voisine qui venait chercher ma petite dernière avant qu'elle ne co-vélotent vers le Lycée. Elle s'asseyait gaiement à notre table pendant que nous dégustions nos tartines à la confiture de goyave ou de prunelle, voire de rhubarbe. C'était un moment joyeux pour démarrer la journée.
Jusqu'à la semaine dernière ma petite dernière se plaignait sans cesse des performances de son téléphone portable Or**ge. Il ne fonctionnait que rarement, le forfait était mangé dans les deux premiers jours du cycle par des téléchargements de musique légale et payante. Or donc, bien décidé à en finir avec ces récriminations continues et déplaisantes, j'accorde royalement ma signature pour un nouveau forfait accompagné d'un engagement de deux ans ainsi qu'un nouveau téléphone Son* Er*c**on (1) de la plus belle facture. Celle-ci était modeste puisqu'elle avait un bonus spécial de C*rrefo*r (1)valable le jour même, dans l'heure, quasi. Elle choisit les SMS illimités. J'y mettais aussi la condition expresse que ledit forfait fût prélevé sur son compte en banque, merde quoi !
Depuis cette semaine, les deux amies coordonnent leurs heures de départ par SMS. Plus de sourire joyeux et frais le matin.
(1) je laisse le soin à notre meilleure web-maîtresse de coller les étoiles au meilleur endroit
*voilà qui est fait (la web.machinchose)
18 octobre 2009
Avant c'était mieux
Cher Lewis Carol,
Ton billet, de fil en aiguille, m'a rappelé des histoires.
Mon grand-père paternel, veuf jeune (ma grand-mère mourut à quarante deux ans d'un accident de voiture à cheval), se trouva à la tête d'une ferme et d'une famille de six enfants, mon père, ses quatre sœurs mes tantes, et mon oncle.
Pendant la guerre, mon père avait depuis longtemps quitté la maison familiale pour voler de ses propres ailes et exercer le métier d'apiculteur (mon père avait l'âge d'être mon grand-père), la ferme abritait encore le reste de la famille et de nombreux ouvriers agricoles, c'était une ruche.
Mes tantes, à l'insu de mon grand-père, qui fermait les yeux de son plein gré, embauchaient des travailleurs que leurs origines obligeaient à se cacher pour survivre, et de jeunes gens, comme mon oncle (qui devint donc le mari de l'une des tantes) cherchant à échapper au STO. Plus personne n'est là aujourd'hui pour en témoigner. Le dernier qui m'en ait parlé est mon oncle, et cette dernière fois -pensez à poser des questions en abondance, tant qu'il est encore temps - il m'avait raconté la vie dans cette ferme, cette agitation dans la campagne gersoise, les Parisiens et les autres; parmi eux, une femme nommée Mysette, qui, longtemps après, devint la gouvernante de Jorge Amado. Va savoir pourquoi, à l'époque cela m'avait émerveillée ...Tout comme lorsque j'ai dormi au quartier Latin, à l'hôtel des trois collèges, j'ai été émue de voir de ma fenêtre l'hôtel dont j'ai oublié le nom, cité dans "la bataille du petit trianon", du même auteur.
Voilà, cher Lewis, ces poussières de souvenirs, qui flottent devant mes yeux à la lecture de tes mots sur la nourrice des éditeurs, soulevant aussi nombre d'émotions et de réflexions que je tairai ici.
L'Araignée ...
13 octobre 2009
C'était mieux avant
La mère de ma grand-mère (mon arrière-grand-mère donc) a eu 5 enfants. J'ai donc 2 grand-tantes et deux grands oncles. Mes grands oncles sont décédés. L'un avait un index (ne me demandez pas si c'est le gauche ou le droit, mais je pense que c'est le gauche) coupé au niveau de la deuxième phalange. Il m'avait aidé à retrouver mon couteau quand j'avais 9 ans. Je lui suis encore reconnaissant. Le deuxième (en fait le dernier de la fratrie de 5) avait été élève au petit séminaire, mais avait fauté avec une vague cousine. Il a rejoint la vie civile, pour je ne sais plus quelle activité marchande. L'une de mes grand-tantes est maintenant en maison de retraite, où elle a retrouvé son neveu (le fils de ma grand-mère, mon oncle, donc). La deuxième grand-tante, la petite dernière était bistrotière. Un bistrot à l'ancienne, où l'on prenait le pastis dans la cuisine.
Mais là n'est pas mon propos.
Mon arrière grand-mère est partie nourrice à Paris, chez l'éditeur Calmann-Levy.
Il m'arrive de penser au traumatisme de ses enfants (mes grands oncles tantes et grand mère) quand ils apprirent, des années plus tard que leur mère était allée donner le sein à un enfant qui ne lui avait rien demandé pendant qu'eux-mêmes se régalaient du lait de la vache ou de la chèvre.
01 octobre 2009
Un petit ...Nom
Anna ma douce ,
Anna mon p’tit mouton
Tous les aut’morts
qu’est ce que tu veux que ça m’fasse ?
Mais c’petit non qui réponds toujours non
Ce p’tit non là c’est d’la mort dégueulasse
Juliette
"Le choix d'un pseudo relève d'un processus ésotérique" écrivit un jour Soupaloignon (pour les intimes). Depuis, je suis passée d'un pseudo qui n'était que l'anacyclique de mon prénom (et que j'aime toujours autant), à d'autres, choisis selon l'humeur, et qui avaient toujours une signification pour moi. J'aime bien que vous m'appeliez Enn', j'aime bien mon autre pseudonyme préféré. Comment aimez-vos que l'on vous appelle ? Et quels noms donnez-vous à l'autre ?
Je connais des familles où le prénom de baptême n'est jamais utilisé, remplacé par un diminutif pas toujours heureux : les Kiki et autres Paulos. Il arrive que le prénom soit différent de celui de l'état civil. Il y a aussi tous les petits noms que nous donnent nos parents, affectueusement, de temps à autre : je pourrais en citer plusieurs me concernant, et plusieurs que je donne à mes enfants.
Mais comment appelle-t-on son conjoint, son amant(e), l'élu(e) de son coeur, sa femme, son mari, sa fiancé(e) ?
L'appelle-t-on différemment dans le secret de ses pensées et dans l'entrevue réelle ? Le nomme-t-on à ses amis ? Se répète-t-on inlassablement son prénom mentalement ?
Y a-t-il des coutumes différentes selon les régions ? (Il me semble que oui).
Remarquez certains "vieux couples" qui ne s'appellent jamais par leur prénom, voire ne s'appellent pas du tout. Pourquoi ?
D'autres usent du "chéri", "mon Amour" "mon coeur" que je trouve un peu trop galvaudés et interchangeables. Je tairai pudiquement les quelques mots que j'ai pu prononcer.
Le prénom m'est aimable, et j'aime m'entendre appeler ainsi. Banal sans doute. On pourrait aussi utiliser, pour l'autre exclusivement, son deuxième prénom, pourquoi pas ...
De toute façon, hein, personne ne m'appelle d'aucun petit nom, hormis peut-être quelque nom d'oiseau. Et vous, qu'avez-vous à dire ?
L'Araignée ...
29 septembre 2009
le petit a ...
Au feu-rouge, cet après-midi, me dirigeant vers un rendez-vous pour un café, puis chez le dentiste, j'ai ressenti ce petit pincement au creux du ventre. Vous le connaissez ? ce petit pincement innocent soudain et inattendu. Alors j'ai eu envie de répondre à Teta "Bon sang mais c'est bien sûr", j'ai écrit un long texte sur le sentiment d'amour, qui couvre amours et amitiés, mais n'ai-je rien oublié ? Les faits ! Celui qui tombe en amour et construit un nid après avoir investi une Lune de Miel, ne consacre plus le même temps à ses amis. A l'époque du célibat, on revivait la bande adolescente ou bien on formait des duos, des trios, voire des quintettes, que l'on a quittés pour se consacrer à un autre style de musique, celle que l'on joue à deux, penchés sur la même partition. Même si les sentiments persistent, si la complicité est toujours là, enfouie derrière les disques de la Calas ou entre les livrets de la flûte enchantée, on sait que l'on a peu de chances de reprendre les duos complices, ou seulement de façon impromptue et fugace, et qu'il vaudra mieux apprendre à jouer en solo...Et si le soliste délaissé trouve un partenaire, on jouera plus souvent en quatuor, en essayant d'éviter les fausses notes. C'est peut-être sur cela aussi que tu t'interrogeais Tetaclacs...
28 septembre 2009
Avec un grand A
Je ne pouvais pas répondre au billet de Tetaclacs juste avec un commentaire ...
Je me souviens de certains moments de tristesse pendant lesquels je regrettais de ne pas avoir une amie intime qui me fût proche géographiquement. J'imaginais quelqu'un qui m'aurait ressemblé, en mieux, comme lorsqu'enfant, je regardais parfois mon reflet dans la vitre de l'autobus qui me ramenait à la maison après une semaine d'internat, essayant d'y voir une sœur jumelle avec qui j'aurais pu converser. Ne doit-on pas, d'abord, être soi-même son meilleur ami dans l'immense solitude de l'existence ? Nos pensées ne sont-elles pas des conversations avec soi-même ?
Je me rappelle avoir eu des amitiés passionnées pendant l'enfance, parfois la passion y était unilatérale, l'autre se contentant d'une tranquille assurance sans se douter des remous que provoquait la moindre de ses paroles. Je me rappelle avoir ressenti la jalousie, l'abandon, l'exaltation. Nos souvenirs sont-ils fidèles ?
Comment installeriez-vous ceux qui vous sont liés, dans votre théâtre (de plein air) affectif ? Selon les actes, certains seront en coulisse, d'autres au milieu de la scène, certains au premier rang, d'autres sur les gradins du haut, certains auront le premier rôle, d'autres seront figurants et il est probable qu'à la prochaine pièce les places changeront.
Amour et Amitié procèdent du verbe aimer.
L'amour se mesure-t-il ? Comment ? Quelle sensation physique, quelle pensée, quel indicateur nous amène-t-il à graduer, à définir, l'affection que nous avons pour une personne ? Quelle est la part de notre volonté ?
L'amitié est-elle un amour platonique ? Je définirais l'amour platonique comme un amour accompagné de désir inassouvi par choix ou par nécessité. Le reste, selon moi, est amitié, et peut prendre bien des formes. Il se pourrait bien aussi parfois que, par quelque facétie du destin, le désir s'en mêle, à la faveur d'une journée ensoleillée, d'un souffle de vent, d'un chagrin passager, d'une joie soudaine...Je mêle les amitiés homme homme homme femme femme femme, sans notion de préférences sexuelles, devrais-je les distinguer ?
J'ai coutume de penser que la gamme de nos relations avec les autres est très étendue, subtile et changeante. Je n'ai plus aujourd'hui, cette envie de trouver une amie qui me ressemble, j'apprécie au contraire la diversité de mes amis, que j'aime, avec des nuances différentes. Quelle est cette chose qui demeure constante et permet d'affirmer une amitié fidèle et indéfectible ? Les paroles échangées ? Les choses faites ensembles ? Les souvenirs partagés ? Une base commune de croyances d'intérêts, de "culture" ? la certitude de retrouver l'ami même après des décennies ? quelles sont les amitiés qui comptent le plus pour vous ? celles nouées dans l'enfance qui ont accompagné vos transformations, votre passage à l'âge adulte ? celles que vous nouez aujourd'hui ?
Je glose, sans répondre à la question de Tetaclacs. Gasconne, ou Jésuite : je réponds à une question par une autre. Il y a ceux qui investissent tellement dans la relation amoureuse qu'ils abandonnent tout ce qui les entourait auparavant, de façon provisoire, ou définitive. "Tu quitteras père et mère". N'avons-nous pas tous, au début d'un amour, en plein état de sidération -on le sait, cet état ne dure pas, a priori, et heureusement- , oublié tout ce qui constituait notre vie pour nous jeter tête baissée dans ce malstrom émotionnel ? on en revient, un peu étourdi, promettant de ne pas s'y laisser prendre la prochaine fois. On apprend à ne plus se perdre, plus tout à fait. On peut se situer sur un autre versant. Un homme me disait récemment "l'amour ne s'additionne ni ne se multiplie". Je ne suis pas de cet avis, je crois que l'amour peut se multiplier, nous aider à regarder le monde avec bienveillance (appelez-moi sœur Enn').
Qu'attendons-nous de l'amitié ? La vie, le partage, la confiance, le détachement. Nous ne sommes pas faits pour vivre seuls, pas tout le temps, nous sommes là pour échanger, nos amis sont notre famille élargie ( lieu commun ...). Je crois que l'on peut s'appliquer à avoir l'attention nécessaire à soi et aux autres, pour que les relations soient fructueuses et riches.
J'ai trahi, ou eu la sensation d'avoir trahi, des amis, par bêtise ou lâcheté, ou parce que mon système d'appréciation différait du leur. Difficile d'avoir toujours le geste juste, l'attitude appropriée à la situation, impossible de revenir en arrière lorsqu'on a prononcé une parole, évité d'agir, ou mal agi. Je crois qu'ils ne m'en ont pas tenu rigueur, de même que j'ai oublié ou compris ce que j'avais pu considérer comme des trahisons. La place est toujours là, si on le veut bien, pour la discussion, pour les retrouvailles : j'ai beau perdre mes affaires, égarer mes papiers, perdre la tête parfois, je n'ai pas la sensation de perdre mes amis. Ils s'éloignent, je suis légère et les oublie un temps, le lien existe. Je tiens mon côté (pour reprendre J. Salomé), de cet écheveau de fils d'Ariane. Certains brins, distendus, peuvent aussi se défaire, sans dommage pour aucune des parties, (l'amitié peut aussi être instantanée : amitié d'un jour avec une rencontre de passage, complicité passagère dont on garde un souvenir ému).
Ah ...une différence entre amour et amitié, c'est aussi le fait qu'en général (il y a toutes sortes d'exceptions !) on a un seul "amour" -à la fois-: l'amitié est moins exclusive, l'amitié est libre, l'amitié est amour aussi.
Je vais terminer ce billet avec l'idée que dans quelques temps j'écrirais sans doute quelque chose de différent, tant nos pensées sont changeantes et capricieuses, mais le fond serait sans doute le même. Je le dédie à celle qui est mon amie depuis quarante-deux ans.
(la suite ...)
21 septembre 2009
D'Amour et d'Amitié
L’amour doit-il primer sur l’amitié ou l’inverse ?
Je suis bien plus fidèle en amitié qu’en amour. Par fidèle, dans ce contexte, j’entends stable.
Je me plais à dire que je suis meilleure amie qu’amante.
Pourtant, j’ai récemment perdu deux amis très chers à mon cœur. Si je peux accepter la perte d’un amour, puisqu’il est dans l’ordre des choses que les amours vont et viennent, je ne peux me résoudre à celle d’un ami.
Or l’amitié, par essence indéfectible, est bien souvent balayée d’un simple revers de main par un des deux protagonistes, dès lors qu’il tombe en amour.
Plus de place pour l’amitié lorsqu’on est pris par l’amour ?
L’amitié, à l’instar de l’amour serait-elle liée au besoin et/ou aux circonstances ?
L’amitié serait alors ni plus ni moins qu'un amour platonique, sujet aux mêmes aléas ?
17 septembre 2009
souhaiter la bienvenue...
La rentrée est souvent synonyme de nouveauté, de nouveaux lieux.
Nouvelles têtes, nouveaux voisins,
nouvelles rencontres, nouvelles contraintes aussi
un internaute nous propose de partager nos façons d'accueillir par une photo
Libre à vous d'interpréter ce thème
12 septembre 2009
il est fou
Nous avons piqué un fou rire, l'autre soir.
Ça nous a fait un bien fou!
Pourtant, c'était une assemblée de sages, des têtes chenues pour la plupart.*
A un moment l'un(e) d'entre nous interroge:
<<Quel est le pluriel de fou rire?>>
Viennent les explications:
- s'il y a un tiret, je ne mettrais un "s" qu'à rire,
-ah non! pas de "s" nulle part, "fou" étant considéré comme adverbe qualifiant "rire" et "rire" ne s'accorde pas, même si c'est un verbe utilisé en substantif.
- Et pourtant on dit bien "des rires fous"?
- oui, mais ça veut absolument dire le contraire, "fou rire exprime la joie, mais avec une notion d'irreppressibilité"** alors qu'un "rire fou" signifie la folie mais dans l'acception première du texte.
Et toi ami lecteur, comment écris-tu fou rire au pluriel? Attention, ne triche pas, hein? Ne cherche pas sur le dictionnaire!
* Même si vieillesse ne signifie pas forcément "sagesse".
** Oui, il y avait même des lecteurs de Telerama dans ce groupe.



