Près du cœur de Toulouse restent des coins un peu hors du temps ; un instant on s'arrête devant un portillon voisin, on prend des nouvelles... et l'on se croirait tout à coup replongé dans la campagne de nos 'vertes années'.
Pas de bouilleur de cru dans sa dernière tournée cette fois, mais je ne peux laisser perdre ces gestes de toujours.

Devant la maison, une vigne ; pas un simple pied dont la treille couvre la terrasse comme dans mon clos, mais 7 honnêtes rangs de ceps bien alignés, avec grillage guide-hampes, tuteurs. Quelques-uns plus courts à l'arrière, un peu ombragés par le noyer, où mâche et persil serpentent et dérangent l'alignement.
Du hangar on sort le pressoir mécanique : avec quelques voisins les grappes y seront écrasées plus techniquement que dans mon billet de Septembre 2008.
Tout est mis à fermenter dans un grand tonneau, un peu surélevé sur des cales et des rondins pour dégager le robinet du bas, jus, rafles, peaux; on attend 5 jours, une semaine selon le temps, il faut prêter l'oreille, tout est question d'oreille...
Car oui, le vin chante ! il bouillonne, fermente, faisant monter tous les résidus.
Et puis le bouillonnement décroît, s'éteint...
On a eu le temps de quelques travaux d'aiguilles, d'échanger des recettes et cueillir quelques prunelles échappées aux oiseaux, de mettre à tremper les tonnelets de conservation pour que le bois se dilate.

Le vin est prêt alors à être transféré pour mûrir et prendre son goût au contact du bois ; les tonnelets mis sous le robinet seront remplis de ce premier jet, filtré naturellement par les grappes restées devant le robinet. Mais ils resteront alignés sur le flanc, sans être bouchés, de peur que la fermentation suivante ne les fasse éclater (un cône suffit à éviter les poussières, les insectes).
Il faudra attendre après Noël et un peu de gelée pour déguster ce vin, soit embouteillé, soit directement tiré du tonneau.
aucun sulfite, rien que l'ouvrage du temps.

Mais puisque le droit de bouilleur de cru se perd, que faire des rafles ? du compost !?
- pas encore :
en versant environ 50 litres d'eau sur un demi-tonneau de résidus (ai-je bien compris ?), on va obtenir un nouveau liquide plus léger, qui va lui aussi mûrir environ 3 mois : le demi-vin.
Puis à nouveau passage de quelques litres (une dizaine ? mes voisins ont plutôt opté pour 50l de demi-vin et 20 ensuite) vont donner la piquette,que l'on peut boire de suite, en attendant la vraie cuvée de l'année.

2 années sans vraie récolte par suite de sècheresse, pigeons, maladie...je crois que cette année nous allons fêter royalement le vin nouveau et l'année nouvelle.
En Touraine, ma sœur et ses voisins gardent un peu de ce vin fermenté et le congèlent...pour le sortir en grandes pompes en Juin et faire ensemble la fête de la Bernache.

Voilà, j'espère que ce petit billet toulousain vous donnera la pêche pour attendre la sortie des crus nouveaux et autres châteaux renommés, pour réchauffer aussi d'un peu d'orange l'asphalte mouillé et vous donner envie de récolter quelques gestes en désuétude autour de vous.
Giov


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