Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, sacarabée géant, compagnon de solitude. C'était sa dernière cigarette. Celle à laquelle il repenserait bien des années plus tard, lorsque le président qu'il venait de quitter ne serait plus qu'un repris de justice. Pour l'heure il ne pensait qu'à la fuite. Celle à laquelle il se consacrerait pendant encore bien longtemps, sans que le remords ne le rattrape. Il fuyait, tel le moteur d'un vieux camion diesel essoufflé par les miliers de kilomètres parcourus dans les sierras du Nouveau Mexique, à la recherche d'un havre de paix, dans lequel il pourrait enfin boire la fiasque de mauvais whisky qu'il transportait toujours avec lui depuis que sa moto verte était exsangue. Sans trop savoir pourquoi, il se demandait si le soleil se lèverait encore demain. Et si oui, où. Le livre qu'il avait emporté, il l'aurait encore dans sa vieille sacoche pervenche bien des années plus tard, lorsque les derniers livres auraient disparu.

canapé rouge