Cher Lewis Carol,

Ton billet, de fil en aiguille, m'a rappelé des histoires.

Mon grand-père paternel, veuf jeune (ma grand-mère mourut à quarante deux ans d'un accident de voiture à cheval), se trouva à la tête d'une ferme et d'une famille de six enfants, mon père, ses quatre sœurs mes tantes, et mon oncle.

Pendant la guerre, mon père avait depuis longtemps quitté la maison familiale pour voler de ses propres ailes et exercer le métier d'apiculteur (mon père avait l'âge d'être mon grand-père), la ferme abritait encore le reste de la famille et de nombreux ouvriers agricoles, c'était une ruche.
Mes tantes, à l'insu de mon grand-père, qui  fermait les yeux de son plein gré, embauchaient  des travailleurs que leurs origines obligeaient à se cacher pour survivre, et de jeunes gens, comme mon oncle (qui devint donc le mari de l'une des tantes)  cherchant à échapper au STO. Plus personne n'est  là aujourd'hui pour en témoigner. Le dernier qui m'en ait parlé est mon oncle, et cette dernière fois -pensez à poser des questions en abondance, tant qu'il est encore temps - il m'avait raconté la vie dans cette ferme,  cette agitation dans la campagne gersoise, les Parisiens et les autres; parmi eux, une femme nommée Mysette, qui, longtemps après, devint la gouvernante de Jorge Amado. Va savoir pourquoi, à l'époque cela m'avait émerveillée ...Tout comme lorsque j'ai dormi au quartier Latin, à l'hôtel des trois collèges, j'ai été émue de voir de ma fenêtre l'hôtel dont j'ai oublié le nom, cité dans "la bataille du petit trianon", du même auteur.

Voilà, cher Lewis, ces poussières de souvenirs, qui flottent devant mes yeux à la lecture de tes mots sur la nourrice des éditeurs, soulevant aussi nombre d'émotions et de réflexions que je tairai ici.

L'Araignée ...