Si vous avez manqué le début : Partie 1

Journal d’Alexis. Le 25 décembre 2008


[… Papa m’a dit qu’elle a 150 ans exactement et que c’est la plus vieille femme dans tout l’univers du monde entier]

Ce matin de Noël on est tous réveillés à cinq heures tellement on était excités par ce que l’on a vécu hier.
On prend le petit déjeuner aux bougies et on souhaite son anniversaire à Mathilde qui ne veut pas croire qu’elle a 150 ans et qu’elle est la plus vieille de l’humanité.

A peine le jour se lève, qu’on entend un gros bourdonnement dans le ciel : Ce sont quatre énormes hélicoptères militaires qui arrivent et qui se posent sur les pâtis.

Il y a un tas de monde qui en descend, mais surtout mon Papa et ma Maman !
Il y a aussi plein de soldats, des pompiers, des docteurs et le monsieur du musée qu’on a vu l’été dernier.

On s’embrasse tous et je me souviens, Maman fait la remarque la première que je boite plus que jamais, c’est terrible (je m’en suis pas aperçu moi-même hein !)

On va tous ensuite au lac, on descend l’escalier, on passe la porte de l’épée : Rien n’a bougé depuis hier.
C’est une très grande salle tout en rond avec un plafond « en ogive »
Quand on donne un simple petit coup de lampe, tout s’illumine en petites étoiles très jolies et ça éclaire vachement bien, je vous le dis.
Ce sont des pierres à phosphore qu’il a dit le monsieur du musée qui en une heure est devenu aussi dingue qu’un chien devant une montagne d’os !

Au milieu de la salle il y a un grand tombeau et puis autour, disposés en « X » quatre autres un peu plus petits.
Et tout autour en cercle, il y a une vingtaine d’autres « sarcophages »
C’est très beau à voir en fait et très impressionnant aussi, parce que tout le monde reste à regarder la bouche ouverte au moins un quart d’heure sans bouger ni parler.

Tout le monde après fait le tour de la salle en silence en regardant les tombeaux et puis le monsieur du musée demande qu’on enlève la plaque sur la grande tombe du milieu.
C’est vachement lourd hein et il faut au moins dix bonshommes pour la déplacer et la laisser tomber par terre (et la casser aussi !)

On regarde et on voit alors un squelette, des tissus, des armes et des tas de trucs en marbre, en argent et en or.
Pendant une heure, le monsieur du musée inspecte tout ça et plus ça va et plus il répète : « C’est pas possible » ou « c’est pas croyable »
Au bout d’un heure, on en a marre et on lui demande ce qu’il lui arrive.
Et hop ! « C’est pas possible » et « c’est pas croyable » et il est tout pâle comme un mort-vivant et il tremble.

Et puis tout rouge énervé, le chef des soldats lui demande de nous dire enfin ce que c’est cette tombe !
Alors le monsieur du musée dit « à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du roi Alexandre de Macédoine »

Il y a un long silence et le petit Eric demande : « Hein, quoi, qui c’est ça ? »

Après, on ouvre les quatre autres en « X » et le monsieur du musée nous dit à chaque fois après des tas de « C’est pas possible » ou « c’est pas croyable »
« à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire »
Et puis,
« à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du roi Arthur »
Et puis,
« à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du roi viking, Eric le Rouge » Le premier qui a découvert l’Amérique qu’elle a dit Mathilde hein !
Et puis,
« à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du roi des Huns, Attila »

Et à chaque fois, le chef des soldats hurle dans sa radio pour qu’on dise au sous-préfet de prévenir le préfet de prévenir le ministre de prévenir le président et tout le tralala !

On en ouvre deux autres au hasard et puis : « à vérifier, mais en première analyse, je pense qu’il s’agit du tombeau du roi Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde »
« C’est pas possible, c’est pas croyable »
Là, il tombe dans les pommes le monsieur du musée !

Quand on sort, il y a déjà plein de journalistes dehors, la télé, la radio, les journaux, qui sont venus pour Mathilde et qui ne sont pas déçus du voyage hein !
Au goûter, après une « interview » un Américain me dit que demain j’aurai ma photo et tout un article sur moi dans le New York Times, dans le Washington Post et même dans le Dauphiné Libéré.
Arthur n’est pas passé au journal de 20 heures lui, parce qu’il expliquait à des Chinois comment on fait du bon et du vrai miel ici et qu’ils ne voulaient rien comprendre.

Je cause par téléphone au président de la France et puis à celui de l’Europe et enfin à celui de l’UNESCO (le plus intéressant en fait) qui me dit que mon village est « c’est pas possible » et « c’est pas croyable, à vérifier, mais en première analyse, une des sept merveilles du monde » et qu’il n’est plus question de le détruire (ben tiens, mon pote !)
Mathilde papote pendant plus d’une heure avec la reine d’Angleterre sur un problème de point de couture et à la fin elle est toute joyeuse d’avoir trouvé une telle bonne copine de son âge ou presque (elle a même noté le numéro de téléphone)

En partant, le monsieur du musée me dit qu’en tant « qu’inventeur » j’ai droit à la moitié de tout ces trésors et que « à vérifier, mais en première analyse » je suis certainement le petit garçon le plus riche du monde !

Maintenant il est plus de onze heures et tout le monde dort.
Je suis dans ma chambre, chez moi et j’écris.
Tout à l’heure quand les gens partaient, je suis allé à la crypte des rois.
En bas de l’escalier, j’ai retrouvé ma clé, le triptyque, pas trop amoché.
Dans la tombe du roi Arthur (celui que je préfère), j’ai piqué un truc qui m’avait plu : Une timbale en métal gris toute cabossée avec des taches rouges dedans (oui, je sais, c’est nul !)
En remontant l’escalier, je sens un caillou dans la grosse chaussure de mon pied-bot.
Je la retire, mais il n’y avait rien.
Sauf que mon pied, il est normal maintenant, pareil comme l’autre et il ne me fait plus mal et je ne boite plus du tout !
En rentrant dans ma chambre, j’ai mis le triptyque sous mon oreiller et j’ai posé la timbale sur ma table de chevet à côté de la photo de la vieille Mathilde parce que je les aime toutes les deux.

C’est Noël, Je m’appelle toujours Alexis, j’ai toujours onze ans.
Je veux toujours mourir parce que je sens maintenant que l’on ne va m’aimer rien que pour mon argent.
Bon, pour mourir, je vais attendre demain parce que j’ai trop sommeil là !

Joyeux Noël à tous !