Si vous avez manqué le début : Partie 1

Journal d’Alexis. Le 24 décembre 2008


[… Quand je l’ai ouvert, il y avait sur la première page le même signe que sur le triptyque : Le mouton en rond et les deux lettres « AP » et ces mots : « Aurata Pellis »]

Cette journée du 24 décembre a été longue et à faire peur.
D’abord, Je n’ai pas dormi de la nuit parce que j’ai voulu lire le bouquin de Mathilde le plus possible sous les draps avec ma lampe de poche.
De toute façon, la pluie fait trop de bruit et j’ai trop mal à mon pied pourri.
Ce livre a été écrit par un monsieur appelé Martin Lothar « professeur émérite à l’université de Frivoli » (C’est certainement un ancien de mon village hein !)
Il raconte au milieu que le duc de Bourgogne, Charles dit le « Téméraire » n’est pas mort bouffé par les loups après le cul de pied au cul que lui a donné Louis XI.
Le Duc serait parti avec pas mal de fric et des copains (des loups ?) vers l’Est, vers les Alpes pour trouver refuge dans un lieu secret éloigné de tout !
Je ne vous raconte pas alors pourquoi ça m’intéresse tout ça hein !
Ils seraient resté là à faire on ne sait pas très bien quoi, mais en tout cas, le Martin il dit que ce serait lié à la « Toison d’or » et autres secrets très anciens !
C’est peut-être tout près de moi ces trésors ?

J’ai trop mal à mon pied pied-bot. Je descends le premier à la cuisine comme hier. Je bois un verre de lait puis je m’endors dans le fauteuil de Mathilde.

On est tous réveillés à l’aube par Arthur qui était sorti pour inspecter le village.
Il me fout la trouille : Le Lothar est sorti de son lit (lui aussi) et il est en train de noyer tout le village.
Nous sortons pour voir : C’est le pot qu’a l’hips (comme dit ce con de Charles)
Tous les chalets d’en bas sont inondés jusqu’à l’étage. Il y a au moins un mètre d’eau autour de la chapelle !
Jeanne se met à pleurer et Charles dit que c’est pas possible.
Les deux plus jeunes (les bébés comme dit Charles) Eric et sa sœur Pénélope se mettent à chialer aussi tellement c’est grave.

Et puis patatras ! Plus de lumière ! Le générateur est claqué !
Arthur et Charles partent pour voir ce qu’il a ce truc et nous, on reste à la fenêtre à regarder les bouillons remplir la rue.
Alors je me dis que tout cela va mal finir et qu’il faudrait aller chercher le triptyque dans la chapelle.
J’y vais et tout le monde gueule tellement c’est dangereux, mais je n’entends rien. On ne va quand même pas oublier les clés hein !
C’est vrai que dans la rue, j’ai de l’eau jusqu’à la taille et que le courant est très fort.

J’arrive à la chapelle. J’ai du mal à ouvrir la porte à cause de la flotte et de la boue.
Heureusement, l’eau n’a pas encore atteint le haut de l’autel et le triptyque est encore sec.
Je le prends et je le mets dans un sac plastique que j’avais emporté (malin hein ?)
En sortant, j’ai de la flotte jusqu’à la poitrine et il y a des tas de saloperies qui déboulent dans le torrent.
Finalement j’arrive à l’escalier du chalet où tout le monde me sort du bouillon.
Je suis gelé, trempé et mon pied me fait hurler de mal !

Je n’ai pas le temps de me sécher qu’Arthur et Charles reviennent en criant. Ils disent que le village se remplit comme une cuvette et que bientôt, la boue et la flotte emportera tout comme de la paille. Ils disent qu’il faut tous quitter le chalet et remonter très vite vers le lac sur les pâtis, sinon, on est tous morts
Ils ont rapporté le canot en boudins et les gilets de sauvetage qui nous servent l’été pour faire du raft sur le Lothar (j’aime bien ça d’ailleurs)
On mettra Mathilde et les deux plus jeunes et les sacs dans le radeau et les autres les tireront avec des cordes d’alpinistes.
C’est pas gagné quand même, il ajoute Arthur.
On prépare tout alors : Des sacs avec à manger dedans, des pulls, des gourdes et de lampes de poche.
Moi, je prends le triptyque.

On y va et ce n’est pas de la tarte hein ! L’eau bouillonne, on glisse tous les deux pas et les cordes nous scient les mains.
Mais il n’y a pas de panique en fait et Eric et Pénélope sont très courageux. Ils ne pleurent plus et ils se blottissent contre Mathilde qui sourit quand même un peu jaune.
On a de l’eau en tourbillon jusqu’au cou, mais on arrive quand même à avancer tout doucement.
Je me dis que c’est l’occasion ou jamais de mourir, mais en même temps, je veux mourir tout seul en sachant que les autres resteront assez vivants pour découvrir le secret du triptyque.
Vers midi, on arrive enfin sur les pâtis qui ne sont pas encore inondés par la rivière ou par la pluie. On débarque tout le monde et on va aux étables pour se réchauffer et calmer les bêtes.
On fait un feu dans tonneau en fer dans la vieille écurie et on se tasse autour en silence.
Au Nord, tout est sous l’eau : On ne voit plus que le toit du hangar du générateur.
En amont, à l’Est, on a de la peine à voir le lac tellement la pluie tombe.

On reste bien une heure comme ça quand il y a soudain un énorme grondement comme une avalanche mais beaucoup plus fort et terrible. Comme si tout le mont Lothar se cassait la gueule.
Moi, Arthur et Charles on court vers le lac pour voir et là, c’est incroyable ce qu’on découvre !
Le lac est complètement vidé de sa flotte et tous les sapins et les roches qui faisaient une petite colline sur l’île sont éboulés par terre.
Et pire, on aperçoit maintenant un grand bâtiment sur l’île. C’est un truc qui ressemble à la chapelle mais en dix fois plus grand.
Je me souviens alors avoir vu un dessin comme ça dans le livre de Mathilde : Un truc rectangulaire, un peu comme l’église de la Madeleine que j’ai en photo sur mon calendrier des Postes, mais en bien plus petit quand même hein !

Nous, on n’en croit pas nos yeux car il y a même une espèce de route en escalier qui va au bâtiment et qui était cachée par les eaux depuis la nuit des temps !
On revient aux étables et on s’aperçoit alors que l’inondation s’en approche encore plus vite.
Il faut encore partir et on décide de se réfugier en hauteur dans cette église de l’île avec les plus de bêtes possibles.
On y va et nous les enfants on trouve ça rigolo et palpitant de découvrir ce lieu secret inconnu de tout le monde entier.
Le chemin du lac est plein de branches et de poissons morts. On rentre dans la bâtisse et c’est complètement vide à l’intérieur. Il n’a qu’un gros cube en pierre au fond, un peu comme l’autel de l’autre chapelle.

On tient tous à l’aise là-dedans, les gens, les trois vaches, les chèvres, les moutons et les deux ânes, mais par la porte, on voit que l’eau court vers nous à gros bouillons. Arthur espère qu’on ne va être faits comme des rats dans ce nouveau refuge.

Malheur, pas moins d’une heure après, la flotte commence à rentrer doucement dans la chapelle. On ne peut plus aller plus loin et plus haut et Mathilde nous dit qu’il ne nous reste plus qu’à prier.
Alors on prie en disant n’importe quoi et en engueulant tous les dieux possibles qu’on invente au fur et à mesure.
On a de l’eau jusqu’à la taille et on se tasse tous contre le cube du fond.
Et puis ça nous vient jusqu’à la poitrine quand les bêtes commencent à paniquer graves.

Alors en portant Pénélope pour la mettre sur l’autel, je vois sur le dessus une sorte de fente dans la pierre.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense à une espèce de serrure et tout de suite je sors le triptyque de mon sac et je le glisse dans le trou.
Tout le monde me regarde faire ça.

J’enfonce le triptyque qui est pile poil de la taille de la fente : Je savais bien moi que c’était une clé ce machin-là !

Alors, il y a un gros clic et plus un gros clac, un nouveau clic et puis soudain, un énorme grondement comme tout à l’heure quand le lac s’est vidé.
Il y enfin un gigantesque glouglou (comme quand je vide mon bain du dimanche soir, mais plus fort quand même) et en moins de dix minutes : Plus de flotte et on se retrouve tous le cul par terre à sec en se disant que c’est pas croyable tout ça !

On va voir dehors et on s’aperçoit que le lac est vide à nouveau et que l’inondation se retire aussi vite qu’elle était montée.
On n’a pas le temps d’éclater de joie qu’on entend un craquement derrière nous : Le gros cube en pierre s’enfonce dans le sol de cette chapelle et disparaît bientôt pour laisser la place à un escalier qui va en bas dans le noir.

On n’a pas d’autre chose à faire qu’à descendre voir hein !
On y va : Il y dix mètres environ de marches en escargot qui amènent à une crypte (comme dans l’autre chapelle) et au fond, une énorme porte en trois parties qui représente mon triptyque copie conforme !
Il y a au milieu une immense épée de chevalier qui fait un peu poignée pour la porte.
Arthur la tire, mais ça ne bouge pas. Charles l’aide, puis Jeanne de toutes leur force, mais rien ne vient.
Arthur dit alors qu’on verra ça plus tard et on va remonter quand moi je décide d’essayer de tirer.
Pourtant, je ne suis pas allé très fort, mais elle est venue tout de suite que même j’en étais surpris et que je tombe sur le dos et que l’épée (vachement lourde) me tombe sur mon pied pourri.
Je hurle tellement j’ai mal, mais il y a alors un nouveau craquement sinistre et la porte s’ouvre toute seule !
On entre…

Ce qu’on découvre alors, je vous le raconterai demain hein !
Parce là je suis crevé et je vais me coucher.
Il est presque minuit (demain c’est Noël !) Tous les autres dorment dans le chalet de Mathilde qui par miracle est resté au sec et intacte !
Ma maison aussi a été épargnée et on a appelé Papa avec la radio et moi j’ai hurlé en pleurant dans le micro pour qu’il prévienne l’ONU s’il le faut tellement c’est pas possible ce qu’on a trouvé au fond du lac.

Quand on est sorti de la crypte toute à l’heure, il ne pleuvait plus, le ciel était tout bleu. La rivière était dans son lit et il n’y avait plus rien d’inondé.

Maintenant, il est minuit, je ne veux plus mourir tout de suite, j’ai très mal au pied et demain on fêtera l’anniversaire de Mathilde.
Papa m’a dit qu’elle a 150 ans exactement et que c’est la plus vieille femme dans tout l’univers du monde entier.

A suivre