08 mai 2008
There will be...
De cette quête désespérée à l'invisible objet,
dans cette fuite en avant vers l'Enfer du pétrole, nul ne ressortira
indemne. Dans ce coin de Californie où ne poussent que des chèvres, au
début du siècle dernier, un homme, Daniel Plainview, à l'énergie
inépuisable, à l'ambition sans limites, va ériger un empire pétrolier.
Daniel Plainview comprend vite, et il voit juste. De quelques lopins de
terres stériles peu à peu rachetés à de modestes fermiers jaillit
alors, dans un jet violent et mortel, la semence noire de la terre,
unique jouissance d'un homme sans femme. De l'enfant que le hasard
place sur sa route aux hommes qui croisent ses projets, tout lui est
instrument et il fait feu de tout.
Nourri seulement de la quête du pouvoir, aigri du mépris qu'il voue
aux autres autant qu'à lui-même, devenu fou du vide de sa vie, cynique
jusqu'à la nausée et pervers jusqu'au bout, il arrachera la foi d'un
prêcheur illuminé, perdra deux fois l'enfant qu'il n'a pas eu.
Il y a un peu de Citizen Kane, un peu d'Howard Hugues dans ce Daniel
Plainview. Une folie désespérée et humaine sur ce chemin jonché de
morts inutiles et de tromperies cruelles.
Et Daniel Day Lewis est éblouissant. Il porte à lui seul tout le
film. Pourtant il y a des longueurs, pourtant la fin du film, la fin de
l'homme, arrivent sans être préparées et peinent à convaincre.
C'est un film profondément sombre où tous semblent damnés. Le
pétrole, cette richesse sombre et inquiétante des profondeurs millénaires, miroir gluant des pulsions inconscientes, agit comme une catharsis,
remonte sans limite à la surface des hommes, les inonde et noircit
irrémédiablement leurs coeurs avant de se mêler à leur sang...
