Message commenté : PRIX D'EXCELLENCE Bibliothèque de Lyon

(anamnèse)

Je me souviens des distributions des prix lorsque j'étais enfant. C'était au théâtre le Comoedia, qui était aussi un cinéma. Mon frère et ma sœur recevaient quelques livres, que j'étais impatiente de regarder.

Un soir de cafard à l'entrée en sixième, je me consolais à l'idée que j'aurais enfin ces prix qui n'existaient pas à l'école primaire.

Ce jour-là, au mois de juin,  on nous a attribué les prix : je crois que j'avais un premier prix de Français et un de Latin, le deuxième sans doute seulement en mathématiques, et il me semble que le prix d'excellence m'avait été raflé par ma meilleure amie ou celui qui devait devenir (pour un temps) mon meilleur ami. Mai soixante-huit était passé par là et avec lui l'abolition de bien des vexations et aussi de certains privilèges. Il n'y aurait donc pas de distribution des prix, pas de livres, pas d'applaudissements, pas de famille émue, pas de cérémonie.

Longtemps je me suis plongée avec délices dans "Les très riches heures du Duc de Berry" que mon frère avait reçu  pour un premier prix de dessin. Une page de cristal s'intercalait, pour les protéger, entre les reproductions des enluminures.

J'ai bien connu Ursule Mirouet, un prix de ma sœur, une jaquette lilas, et ce nom désuet qui me faisait rêver.

Les souvenirs n'ont pas de prix.