19 octobre 2007
Mots mélés
C’était à La Rochelle, vingt années plus tôt
Il avait noté, d’une écriture épaisse, des indications sur un feuillet :
A deux pas de la gare, un petit hôtel, la chambre est en rez de jardin. Ne pas passer par la réception.
Si on avait été en automne, il ferait nuit, noir comme le maquis Corse. J’aurais pu me glisser tel un escargot dans cette double vie, sans laisser aucune trace sur le galet.
J’ai hésité quelques minutes au dernier carrefour et je me rappelle avoir acheté une carte avec une image de plage, gribouillée au dos quelques mots d’excuse.
Une publicité pour un séjour linguistique dans le Gers accrocha mon regard. Des petites filles et des petits garçons…
Je ne pouvais plus reculer
Je poussais le portillon qui s’ouvrait sur des allées du jardin japonais.
L’automne coquet se déclinait en tant de couleurs que j’ai eu envie de le mettre en poème.
Lotus.
C’est à ce moment la que j’ai choisi ton prénom.
J’ai osé mille audaces, cette nuit là. Je n’en regrette aucune ma fille.
J’ai croisé l’été dernier, sur une plage de Soulac un homme qui te ressemblait.
Tu trouveras, dans l’enveloppe, en même temps que ma lettre, son feuillet…
Je te l’offre en même temps que mon secret, mon cœur bat vite car je sais que
Mon ventre, jamais rempli du sexe de ce monstre marin n’aurait pu te donner le jour.
Votre dévouée
Laparhasard
Mot doux d'Enn'
Bon, Le loup, on t'attend (de huit pattes fermes) et les autres aussi. Je viens d'ouvrir une catégorie "z'invités" pour les textes des nons frivolibres participants, et de reclasser les lettres de candidatures dans une rubrique idoine (vous pouvez contribuer au classement à vos minutes perdues). Frivolits va-t-il se réveiller ?
Abelard project
Abélard hochait la tête en souriant. Il passait en revue ce qu'il aimait le plus: Béjart, D'Indy, Gotan Project. Non pas Gotan Project.
-L'auto ne s'était pas arrêtée. Encore suivi, se dit il. Comme s'il était tenu en laisse.-
Car Gotan Project ne le régalait plus.
Au carrefour de Lima, jeux de plage et amis d'enfance peuplaient les pensées de ses jours. L'un, mystique dans le germe de sa vie (c'est ainsi qu'il se définissait), lui répétait de s'en aller du jardin. Chapeau ! Néné qu'on l'appelait.
-L'auto ne s'était pas arrêtée et le suivait toujours.-
Abélard n'avait jamais eu de pot. Emma, sa grande sœur était assez falote. Ustaritz! Il se souvenait. Elle habitait à Ustaritz, au bord de la plage.
-Deux sous la capote baissée, derrière les vitres teintées. C'est que c'est dur de les semer!, pensait-il. Ils avaient un culot monstre.-
Marin. Abélard aurait dû faire marin. Mais c'était trop tard. Les tueurs étaient derrière lui.
ressac
A La Rochelle, ton jardin abrite un automne où sous une feuille morte en forme de carte de la Corse un escargot
se transforme en galet pour l’hiver.
Comme moi.
(Au carrefour de mes
pensées se froissent une image de plage en été et ce fameux séjour linguistique dans
le Gers où nous améliorâmes notre
reconnaissance des langues avec tant de bonheur dans le pré.)
Au milieu des allées
du jardin japonais à Toulouse un autre automne exhibe en poème triste ses lotus fanés presque morts presque oubliés.
Comme toi.
La plage de Soulac où je ne
retournerai pas ne me rappellera jamais rien, où peut-être juste une torride
très banale histoire de sexe avec un monstre marin cruel que le
ressac a remporté dans les abysses.
(L’été prochain, je prévois un stage de yoga dans le Cantal.)
logorallye
