oct06_091


Ce matin j'ai eu envie d'acheter des chrysantèmes
pour mes morts
les garder les regarder sur mon balcon
pourquoi ne pas en profiter un peu
avant
c'est joli les chrysanthèmes
les couleurs qui flamboient
si joli
pour les morts qui ne les voient pas
mais mon balcon pourrait croire
que je le prends pour un cimetière
ou les voisins
pour les chrysanthèmes je verrai mardi et
je me demande où je voudrais que l'on mette mon corps
en terre
où l'on disperserait mes cendres
c'est un rite de  famille
on s'interroge on apprivoise
comme musique tu voudrais quoi
(die Tötenkinderlieder, voix de basse)
des fleurs des champs
chrysanthèmes des moissons
jaune d'or
on joue à y attacher de l'importance
avant
ça fait plaisir d'y songer
avant
et ça  réchauffe d'imaginer
que quelqu'un déposera sur sa dépouille
un coquillage
avant
après
c'est bien égal
j'irai acheter des chrysanthèmes
qui flamboient
pour les morts
et les vivants qui devisent doucement dans les cimetières

oct06_088

La mort n'est rien : Epicure

Habitue-toi en second lieu à penser que la mort n'est rien pour nous, puisque le bien et le mal n'existent que dans la sensation. D'où il suit qu'une connaissance exacte de ce fait que la mort n'est rien pour nous permet de jouir de cette vie mortelle, en nous évitant d'y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l'immortalité. Car il n'y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu'il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre. Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu'une fois venue elle est redoutable, mais parce qu'il est redoutable de l'attendre est donc un sot.

C'est sottise de s'affliger parce qu'on attend la mort, puisque c'est quelque chose qui, une fois venu, ne fait pas de mal. Ainsi donc, le plus effroyable de tous les maux, la mort, n'est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n'existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus. La mort n'existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts puisque pour les uns elle n'est pas, et que les autres ne sont plus. Mais la foule, tantôt craint la mort comme le pire des maux, tantôt la désire comme le terme des maux de la vie. Le sage ne craint pas la mort, la vie ne lui est pas un fardeau, et il ne croit pas que ce soit un mal de ne plus exister. De même que ce n'est pas l'abondance des mets, mais leur qualité qui nous plaît, de même, ce n'est pas la longueur de la vie, mais son charme qui nous plaît. (...)

extrait de  Lettre à Ménécée (lettre conservée par Diogène Laërce),
traduction R. Genaille (1933).

(source : www.)cyberphilo.com)