Etant à l'orée de ma vie de femme (faut être honnête, à 23 ans, je suis encore un gros bébé pour beaucoup de choses), je n'ai pas tout à fait les mêmes éléments de comparaison que d'autres frivolettes ici présentes. Je ne suis pas en couple, je ne suis pas encore entrée dans le monde du travail...
    Et puis, pour ma génération, les premières flambées féministes, y compris celles des années 60-80 sont déjà rentrées dans l'histoire. On les étudie à l'école, on en fait des exposés. La question de l'égalité des sexes se pose au quotidien, à travers des faits divers, des débats de fond. Mais pas de la même façon passionnelle qu'il y a quelques décennies.

    Je ne sais pas si je suis féministe ou pas. Je ne sais pas ce que ça veut dire, "féministe". L'égalité des sexes est pour moi une évidence, quelque chose qui est ancré dans ma culture, pas quelque chose que j'ai dû apprendre. Ce que j'ai appris, après, quand je suis sortie du cocon familial, c'est que ce n'était pas le cas pour tout le monde, que ça n'avait pas toujours été le cas.
    Je suis née dans une famille où, dans l'ensemble, les femmes ont un sacré cabochon. Avec ce que ça peut comporter d'avantages et d'inconvénients, d'ailleurs. Non que les hommes soient particulièrement effacés ou faibles. Simplement, les modèles que j'ai eus sous le nez, ma grand-mère, ma mère, ma soeur (mon aînée de 20 ans) sont toutes des femmes qui ne s'en laissent pas conter. Chacune à leur manière, plus ou moins antagonistes, plus ou moins subtile.

    Je pense que le féminisme a, de beaucoup de manières, plus ou moins claires, plus ou moins troubles, à voir avec ce que représente la féminité pour chacune (et ce que dit Teta là-dessus est très juste, je trouve).
    Ma féminité à moi, c'est encore un work in progress. Je sens bien que, dans ce que je revendique comme ma part de "non-féminité" (et elle est assez importante, maintenant que j'y réfléchis), il y a des restes mal digérés d'un truc revanchard. Un truc qui dit qu'au fond, peut-être, parfois, la certitude de cette égalité des sexes vacille un peu, sous le poids de toutes les conneries dites et perpétrées depuis des millénaires. En se défendant trop fort de cette incertitude, on court le risque de basculer dans l'excès inverse. Gare au retour de balancier...

    Le féminisme agressif, celui qui hait les hommes, celui qui cherche le conflit pour le conflit, celui qui dit "Nous avons été opprimées pendant des milliers d'années, à eux de souffrir maintenant", celui qui ne montre que le côté aigri de certaines femmes, comme si on ne pouvait pas vivre et revendiquer sa féminité autrement, celui-là, oui, il m'horripile. Je ne m'y reconnais pas, je le trouve triste.

    Mais renier le féminisme dans son entier, ça n'a pas de sens.
    Je suis irritée quand une nénette minaude devant un mec en parlant de galanterie.
  Je suis irritée quand on sous-entend que, parce que célibataire, je ne peux pas me démerder toute seule. Ou que, parce que je parle de mecs, je dois être dans une situation de manque intenable.

  Je suis en colère quand un ami me dit, d'un air nonchalant, qu'il est contre la pilule, sans avoir même réfléchi à ce qu'il raconte.
  Je suis en colère quand les parents d'une amie chinoise lui demandent de rentrer au pays et de ne pas faire de thèse, parce que sinon, elle ne pourra pas trouver de mari plus diplômé qu'elle. Surtout qu'à bientôt 27 ans, c'est déjà un peu tard.
    Je suis en colère quand d'autres amies, excessivement intelligentes et douées, s'enferment dans des relations sordides avec des connards, parce qu'il est ancré dans leurs représentations sociales que sans homme, elles ne sont pas entières et pas capables d'avoir de la valeur.
  Je suis en colère quand elles pensent que leur gratitude envers leur copain pour avoir bien voulu d'elles doit aller jusqu'à l'acceptation de n'importe quelle humiliation.
    Je suis en colère et au bord de la nausée, quand je me trouve sur le chemin d'une manifestation pour l'interdiction de l'IVG, où le premier rang est constitué entièrement de femmes et de petits gamins blondinets.

  Au fond, je suis d'accord avec Téta. La féminité est sortie des cadres où elle se tenait. Une fois qu'on nous a reconnu, qu'on se reconnaît à soi-même, le droit de faire pareil, la revendication n'a plus tellement d'objet.

    Reste évidemment que beaucoup de femmes ne se sont pas encore vu reconnaître ce droit, et que d'autres, pour qui ça a eu lieu, ne s'autorisent pas toujours ou pas encore à s'en servir...