[Episode 1]

J’émergeais lentement, me redressais soudain : depuis combien de temps dormais-je ? Lewis aurait dû me réveiller. Pourquoi ne l’avait-il pas fait ?

Mon esprit nageait dans une sorte de brume, alors que notre campement se noyait en plein brouillard. Toujours pas de vent, et une visibilité réduite. Ce qui n’expliquait pas l’absence de mon compagnon à mes côtés : Lewis n’était pas à son poste prés du feu. Je tournais la tête en tous sens, à l’affût. Nan nan nan : ce craquement, c’était dans ma tête, pas vrai ? Comme quand on rentre tard chez soi, et que soudain nos peurs d’enfants ressurgissent et qu’on entend des bruits partout. On guette les monstres, on voit presque leurs ombres, on sent presque leur haleine. Ben là pareil. J’avais entendu du bruit dans les broussailles, sur la gauche. Sur la gauche de mon arrière-cerveau, sûrement, parce que les monstres n’existent pas, hein ? Ouais ben je vous emmerde, j’avais entendu ce bruit, Lewis n’était pas à son poste, et le loup n’était pas loin.

Je fis celui qui n’avait rien entendu et me levais lentement, ramassant au passage un bâton prés du feu. Je me voulais discret, détendu et nonchalant, mais celui qui m’observait depuis les broussailles n’aima pas mon attitude et bougea vers l’arrière. Il avait peur de moi : pas l’attitude d’un prédateur, ça. Prenant ma décision dans la seconde, je bondis vers les buissons en hurlant. Bingo. Fuite du pseudo monstre. Précipitation. Cri assourdi. Collision, seconde silhouette. Bras en avant pour me protéger le visage des ronces. Bruits de lutte. Débarquant comme un forcené, je manquais me prendre les pieds dans un méli-mélo de membres qui luttaient au sol. Deux corps qui se débattaient. Je levais mon bâton, ne sachant pas si je devais frapper. Ni qui je devais frapper. Puis le couple s’immobilisa, et la voix de Lewis triompha.
« C’est bon, je le tiens ! »
Haletant, égratigné, mais fier, le Lewis. La silhouette sous lui ne se débattait plus. Lewis, il exultait.
« Un moment que je l’avais repéré. Désolé si je t’ai fait jouer les appâts, Estevan, mais je me suis dit que, vu que tu dormais, tu m’en voudrais pas trop… »

Moi je restais encore au-dessus d’eux, bâton levé, respirant à grandes goulées. Dieu que l’adrénaline déboule plus vite dans les veines qu’elle n’en sort !

« Je prends des photos » qu’elle nous répéta.
Nous étions assis en tailleur autours du feu ranimé. Lewis boudait en titillant les braises, déçu que le loup serré se soit révélé une reporter en goguette. Moi, je servais le café.
« Oui, merci, j’adore ça » dit-elle en prenant la tasse fumante.
« Je prends des photos, donc – elle souffle sur son petit noir – et je suis à la recherche du loup. Comme vous, apparemment. »
Lewis avait mauvais caractère, surtout quand je lui interdisais de faire le café.
« Et tu crois qu’on va t’emmener avec nous, Roxane ?
- Marianne. Mon nom, c’est Marianne.
- Ouais, c’est pareil. Tu crois vraiment qu’on va t’emmener ?
- Pas sûr que vous ayez le choix, les gars. Vous allez faire quoi ? M’attacher ? Je viens, et c’est tout.
- Nan mais Estevan, tu l’entends ? Eh, miss Roxane, écoute-moi bien…
- Marianne. Mon nom, c’est Marianne…»

Ainsi naquit le trio le plus soudé de toute l’histoire de la traque au loup.
Elle était mal barrée, cette histoire.

< A suivre… >