Flûte ça caille ici et je suis tout seul. On m’a enlevé mes couvertures, j’ai froid, je m’ennuie ferme dans cette sacristie. J’en ai encore pour un moment à poireauter ici. Je peux même plus jouer à la bataille avec le petit berger ou écouter le tambourinaire, ou me rouler sur la laine des moutons. Ils me laissent me geler ici. J’ai vraiment l’air d’un benêt. Zut à la fin. Chaque année c’est pareil. Mon père et ma mère font semblant de m’attendre devant un berceau de paille vide, avec le bœuf et l’âne. M’enfin ! Je suis ici ! Tout le monde m’abandonne dans ce coin glacial. Des plombes à attendre. Avec cette foutue chemise qui ne me couvre même pas complètement, je suis atteint de raideur cadavérique oui. Ils l’ont pas repeinte depuis des lustres, elle est toute transparente, et moi je suis frigorifié. Aucune distraction, à part essayer d’entendre ce qui se passe, un peu de musique par ci par là, quelques voix, et puis l’autre qui passe, qui s’affuble de vêtements bien chauds, et me jette un œil attendri de temps à autre.

Bon, je sais bientôt ils viendront me chercher. Il y aura de la lumière des chants. Faudra que je reste là à écarter les bras avec mon sourire béat. Ils passeront tous me regarder d’un air idiot en pensant à ce qu’ils vont s’empiffrer de chocolats ou de dinde. Ils essaient de me toucher parfois, les tout petits avec leurs doigts pleins de morve. Moi j’en ai jamais goûté du chocolat.
Enfin…Je me demande. Chaque fois il y a une petite blonde avec une bouille ronde, bien plus jolie que les espèces de crétins d’angelots qui font les beaux sur le toit, elle a les yeux bleus, et elle passe souvent me voir. Ses petites mains potelées touchent mes cheveux mes mains et même ma chemise. Elle me tripote l’air de rien, gentiment, et ça me réchauffe le cœur.
Je me demande si elle viendra cette année. Elle a dû grandir. C’est sans doute une jeune fille.Myrtille.