Marianne mon amour,
J’ai bien reçu ton courriel d’hier accompagné de la photo en pièce jointe et que je te renvoie d’ailleurs de peur que tu l’aies mise au panier par mégarde.
t_lettre2Tu me demandes – avec un brin de taquinerie que j’ai deviné - ce que représente cette horreur et je te réponds donc :
Je voudrais te rappeler au préalable que la nuit divine où nous nous sommes rencontrés, connus et aimés trop brièvement dans la grange de ton père, je t’avais bien prévenue des conséquences de notre acte ultime que les scientifiques de ton pays appellent « copulation »
A plusieurs reprises, je t’ai demandé si tu souhaitais réellement recevoir ma semence tout en te mettant en garde sur ton ignorance de mon parcours et de mes origines.
A chaque fois, entre deux baisers furieux, tu m’as répondu que peu t’importait ma race et mes antécédents dans la mesure où, j’étais pour toi un sosie parfait de l’acteur « Leonardo di Milano » ou « Luigi di Caprio » ou quelque chose comme ça, que tu adores.
Tu souhaitais en effet que l’enfant que tu désirais élever seule, ressemble quelque peu à cet homme que je ne connais que par une photo vue dans un magazine en arrivant dans ton pays.
J’ai donc cédé en accédant finalement à ta demande et à l’intérieur de ton corps avant de te quitter hélas, en te laissant mon sperme pour seul souvenir et mon adresse électronique à toutes fins utiles.
Je dois t’avouer que, quelques minutes plus tard, j’ai eu quelques appréhensions en rentrant  dans mon vaisseau spatial pour regagner ma planète lointaine : Je pensais que je ne reverrais plus et que je ne connaîtrais jamais notre enfant.
Et voilà que tu m’envoies maintenant la photo de notre fils, âgé de quelques heures à peine et que tu qualifies « d’horreur » (un peu tendrement quand même, je le sens)
Je suis sûr que ton instinct de mère prendra rapidement le pas sur cette légitime surprise post-natale.
Je le trouve pour ma part très mignon, mais il faut dire que j’y suis habitué car il est visiblement de ma race. En outre, il me ressemble beaucoup quand j’avais son âge.
Ne t’inquiète pas trop : dans un an, dès qu’il aura atteint la taille de dix mètres et le poids de dix tonnes, il va éclater pour se diviser en cinq.
Le liquide brûlant qui se répand alors sur plusieurs hectares est assez dégoûtant et très gluant, j’en conviens.
Les cinq nouveaux corps tout à fait identiques suivront exactement le même processus pendant cent trente cycles, sachant qu’ils se fécondent et se reproduisent entre eux dès le dixième mois.
Attention, il y a beaucoup de jumeaux voire de triplés dans ma famille.
Ce n’est qu’à l’âge de 250 ans que les « horreurs » comme tu l’as écrit si tendrement, prendront finalement la forme de ce Leonardo di Chosio que tu admires tant. Tu seras alors enfin comblée car tu en auras ainsi des millions d’exemplaires tout près de toi.
Il est inutile de les nourrir : Ils se débrouillent tout seuls pour trouver et avaler quotidiennement leur propre poids de viande quelle qu’elle soit.
Evite quand même d’être près d’eux aux heures des repas car ils sont très gloutons et très sales (l’odeur de chair fraîche les rend fous) et ils postillonnent sans s’en rendre compte l’acide nitrique pur qui leur sert de salive.
Envoies-moi d’autres photos dès que possible.
J’en suis convaincu que tu sauras parfaitement les materner et même les gâter.
Ton Glurb qui t’aime et qui ne t’oublie pas.
PS : j’espère te revoir bientôt pour que nous lui donnions une petite sœur à notre Leonardo ?  Luigi ?