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Rubrique cinéphile par :
Martin Lothar
Certifié de l’atelier d’horticulture de Fleury-Mérogis
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Le film du siècle : Hammam Miam

Fiche technique
Film franco serbo-croate en couleur de 240 minutes
Réalisateur : Lev Hiscarol
Producteur : STV (Pizzas & Douches Productions Ltd)
Distribution : Leonardo di Caprio (La Blanche) Gérard Depardieu (La Noire)

Critique :
Après vingt ans d’absence (Source : Secrétariat de l’hôpital psychiatrique de Toulouse), Lev Hiscarol, le génial cinéaste Serbo-croate, signe à 98 ans son troisième chef-d’œuvre : « Hammam Miam »
Vingt ans déjà se sont écoulés entre le magnifique « Robinet enrhumé » son deuxième film qui, je le rappelle avait reçu en 1985 le prix de « la longueur » au festival intercommunal de La Garenne-Bezon et qui avait ébloui notamment, par son plan fixe de 180 minutes sur un robinet gouttant dans les vestiaires d’un gymnase toulousain et ce nouveau coup de tonnerre dans le monde du cinéma.
J’ai eu la grande chance d’assister hier soir à la sortie en première mondiale de ce chef-d’œuvre désormais incontournable en compagnie d’un public fervent et connaisseur d’une demi dizaine de personnes bien agréablement installées dans la salle des fêtes de la charmante commune de Barre-en-Coulle (Seine et Oise réunifiées)
Malheureusement, le grand Lev Hiscarol n’a pu être présent, indisposé qu’il était la vieille même par une indigestion d’andouillette en pot au feu.
Pour tout vous dire maintenant, « Hammam Miam » est un plan fixe de 240 minutes inoubliables sur deux personnages ne faisant rien d’autres que ne rien faire dans une salle d’un hammam visiblement oriental, voire colonial.
J’écris « colonial » dans la mesure où – comme chacun le sait – Hiscarol ne s’est jamais lassé de faire suggérer dans ses films ses propres idées de gauche, anti-impérialiste, révolutionnaires pour ne pas dire anarchistes par des clins d’yeux dont le charme n’a d’égal que leur subtilité.
Le scénario, à ce que nous lûmes (difficilement) sur le papier manuscrit distribué à l’entrée, est tiré du mode d’emploi d’un sèche-linge : Encore un clin d’œil de plus de Lev qui ne manque pas de nous faire remarquer ainsi sa très grande et curieuse culture littéraire.
Ce film est bien sûr un hommage à Peter Greenaway, dont Hiscarol a été l’élève pendant plus de vingt ans sans que le grand réalisateur anglais ne le sache d’ailleurs, mais qui transparaît évidemment dans la similitude du plan fixe avec une œuvre picturale en l’occurrence :
t_hammam4« Le massage. Scène de Hammam, 1883, Musée de Toulouse, d’Edouard Debat-Ponsan (1847-1913 )»
L’histoire du film paraît simple, mais elle est en réalité effroyablement compliquée : Une femme blanche et nue (Leonardo di Caprio, sublime) est allongée sur une table de massage, pendant qu’une négresse femme noire d’origine d’Afrique noire (Gérard Depardieu, poignant) la regarde fixement, assise les bras croisés.
Ce n’est qu’à la 220ième minute du film que la femme noire se lèvera soudain pour aller remettre en place d’un geste brusque, sûr mais précis l’épaule de la femme blanche qui était donc démise. (Voir la photo attachée à cet article)
J’ai failli manquer cette scène par une inattention métaphysique provoquée sans aucun doute par la tension idéologique du scénario. Heureusement, j’ai été sorti de cette torpeur Marxo-freudienne par un mouvement brusque de ma voisine et néanmoins collègue Roxane Ennmelba (du Mensuel, La Tong Libérée du 78) qui se retournait dans son sommeil. Ces quelque trente secondes de cinéma sont le summum, le point d’orgue, de ce film et bien sûr du génie cinématographique universel, par leur grâce, leur riche et subtile signification intellectuelle, politique et leur insupportable brutalité humaine et kinésithérapeutique.
Elle est d’ailleurs la seule occasion de dialogue dans ce film :

  • La femme blanche : « Aîe, tu me fais mal »
  • La femme noire : « Ta gueule, pauvre connasse colonialiste, suppôt de l’impérialisme capitaliste et réactionnaire, affameur du peuple, de la Corse, et des ficus benjamina prolétaires »

Le tout bien entendu en serbo-croate et non sous-titré (Je parle ces deux langues couramment)
Que dire des acteurs (Leonardo et Gérard) sinon qu’ils sont méconnaissables – par le génie des maquilleurs et des effets spéciaux – et comme toujours, fabuleux de savoir-faire et brillants de beauté ambiguë voire louche.
Bref, du grand cinéma que je vous invite à aller voir coûte que coûte : la prochaine séance mondiale est le 26 juin 2007 à la salle des fêtes de Bourse-Plaine 93999 (2 rue des Entonnoirs, ancien garage épicerie Lepneu) sachant qu’il n’y a qu’une dizaine de places disponibles (Voir la FNAC pour réservation)
Cette magnifique, rarissime et richissime soirée s’est terminée par une collation sympathique et chaleureuse, avec des canettes de 1664 Grostambours et des chips au soja offert généreusement par le talentueux producteur STV qui d’ailleurs (Ah ce qu’on nous avons ri !) avait aussi fait office d’ouvreuse après avoir empoché les 500 euros en liquide qui était le prix du ticket d’entrée de cette séance.
Prix élevé, certes, mais les chips étaient vraiment bonnes.