LA FOI DU SUD
17 septembre 1855

Bains publics et ordre moral

Par Monseigneur Lew S Carol évêque de Limoges

Nous venons de recevoir maintes preuves de nos actions sur le continent africain (voir à la rubrique « Continents ») : nos missionnaires  réalisent là-bas un travail extraordinaire, répandant la foi et faisant reculer l’obscurantisme. Grâces leur soient rendues, ils oeuvrent pour le salut de ces peuples autrefois animistes. Nous ne pouvons que nous réjouir de cet état de fait, et de l’augmentation croissante du nombre des fidèles,  enfants de l’église Catholique.

Cependant, si notre Sainte Eglise fait un grand pas en avant dans le continent noir, force nous est de constater l’influence néfaste, voire maléfique des mœurs de certains pays, qui peu à peu atteignent nos ouailles sur le continent européen.

S’ouvrent ainsi nombre d’établissements de bains publics, ou bains turcs, également appelés « hammams » qui sont un outrage aux bonnes mœurs et à la décence. En effet ces bains d’un genre particulier réunissent dans une même salle un grand nombre de personnes d’un même sexe, entièrement nues. Les adeptes de ces bains passent de longs moments à se laver et se faire masser, dans la plus grande promiscuité. On imagine que la concupiscence est ainsi exacerbée, et que la fréquentation de personnes du même sexe dans ces conditions amène irrémédiablement à des pratiques sodomites ou gomorrhéennes, réprouvées par le dogme catholique, et passibles d’excommunication.
Sur le plan sanitaire, un bain mensuel semble largement suffisant, le reste des ablutions pouvant se faire par parties, de toute autre façon possible. Il est rappelé que les femmes ayant leurs menstrues ne doivent point se laver. Sans aller jusqu’aux extrémités de nos religieuses clarisses qui pratiquent leurs ablutions sans se dévêtir, afin de ne pas toucher les zones impures de leur corps, nous préconisons une toilette décente, c’est à dire solitaire autant que possible, en évitant les attouchements prolongés.
Notre secrétaire diocésain, passionné par les technologies nouvelles a fait preuve d’une grande abnégation en allant réaliser un daguerréotype dans l’un de ces lieux, afin de vous laisser voir de quoi il retourne.

Nous avons l’intention de lancer une requête auprès des pouvoirs publics afin d’éradiquer ces lieux malsains, propices à la perversion.
Nous tiendrons notre lectorat informé des suites données à cette affaire.

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La Revue du Beau Monde
30 septembre 1850

Orientales Toulousaines 

Le salon de la baronne de Taittacalc est actuellement l’un des plus recherchés, et d’aucuns se compromettraient pour obtenir l'un de ses prestigieux cartons.
Hier donc, la baronne recevait à l’occasion de l’inauguration de sa dernière petite folie : un bain Turc ! Le baron, en mission en Algérie, lui a offert ce luxueux et original cadeau, construit dans son hôtel particulier rue de la Dalbade.
Etaient présentes à la réception nombre de personnalités, dont je citerai seulement quelques unes.
Le duc de Martin Lothar, qui avait revêtu pour la circonstance un costume oriental de soie brochée jaune, du plus bel effet. Le jeune Evariste Galois, dandy et mathématicien de génie avait quitté la capitale pour un bref séjour toulousain. Si Dieu lui prête vie, il devrait devenir une figure importante de notre communauté scientifique. Le doyen de la faculté de médecine, Monsieur Estévé, a fait au cours de l’après midi un exposé remarqué sur les bienfaits de la vapeur humide pour l’organisme, et l’utilité de bains répétés. On pouvait  aussi admirer l’élégance de la princesse Giovinetta du Barry, la courtoisie et l’humour du prince François d’Aragon. L’artiste lyrique Roxane a interprété des chants traditionnels d’Afrique du Nord, accompagnée au luth par une jeune musicienne berbère dénommée Myrth.
Les dames ont été invitées à utiliser les bains turcs, vapeurs épaisses, savons parfumés, onguents et massages. Les messieurs pendant ce temps avaient pris place dans le petit salon oriental aux tentures damassées, et s’étaient vu offrir des narguilés et du chanvre indien, qui a eu sur l’assemblée des vertus quelque peu euphorisantes.
Puis on a servi de nombreuses gâteries orientales : lokoums parfumés à la rose, pâte de sésame et d’amande, cornes de gazelles, doigts de mariée, et autres pâtisseries délicieuses, accompagnées de thé à la menthe.
Vers 18h, le révérend Lew S Caroll (né à Cracovie), confesseur de la baronne, a fait une apparition. Ce prélat brillant est destiné à une grande carrière, et peut espérer des fonctions épiscopales, voire même, qui sait, pontificales. Il s’est longuement entretenu avec la chanteuse, glosant sur l’inspiration des chants mahométans, comparée au chant grégorien.
Les personnes présentes ont pu admirer quelques aquarelles réalisées par un peintre prometteur ami de la baronne, Edouard Debat Ponsan. C’est la duchesse de Haut Ney qui a posé pour l’artiste, en compagnie de N’raima, soeur de lait   de la baronne (car chacun sait que cette dernière, née dans une plantation de canne à sucre a eu une nourrice antillaise, ce qui lui confère ce charme exotique !).
Ce fut une matinée riche en échanges, gageons que la mode du hammam gagnera bientôt le tout Toulouse !

Daniel Martin

Le Vrai Journaliste Parisien.