Casimir Prat : poète toulousain, libraire à la FNAC

Regarder en arrière

Ainsi peu à peu, nous faut-il toujours laisser
quelque chose
et parler avec précaution d'hier ( de ce que nous
  avions abandonné dans notre sommeil) :
parfum d'herbes brûlées derrière les persiennes.
lumière aride des lampes
avec la fumée de cigarettes qui vient les
  envelopper;
la paire de lunettes restée, droite, sur un livre
ouvert, continuant seule la lecture
(cherchant toujours l'explication)

Celui qui s'en va 

Celui qui s'en va
laisse toujours quelque chose :
des lunettes, un stylo,
un peigne noir sur le rebord du lavabo
ou ce vieux poste de radio
qui grésillera encore quelque temps,
posé par terre au coin de la chambre vide,
jusqu'à ce que quelqu'un, montant à l'étage,
s'en aperçoive et,
après l'avoir débranché, le descende avec pré-
-caution dans la maison,
(et mesure à cet instant,
en le transportant jusqu'à la remise,
tout le poids exact-inavouable-
de l'absence).

Celui qui s'en va
ne donnera plus, après son départ,de nouvelles;
ce qui est juste et ne doit pas nous étonner
-il est loin, il est là-bas : quelque chose
       d'indéfini
autre chose,
quelqu'un de différent-
comme le vase que l'on déplace au matin
d'une extrémité à l'autre de la table
(et toute la pièce elle-même s'en trouve inversée
).

extrait de "Tout est cendre" de Casimir Prat